In shiatsu he trusts

Thierry Buenerd est praticien de shiatsu. Dans son cabinet japonisant (perso, j’ai un faible pour la salle avec le futon !), il reçoit petits et grands blessés de la vie. Sa technique : la remise en circulation de l’énergie vitale via des points de pression le long des méridiens des différents organes. Ses points forts : sa bienveillance et son professionnalisme – sans oublier ses petites saillies humoristiques. D’habitude, c’est lui qui écoute mais aujourd’hui, nous avons renversé les rôles. Sans fard, Thierry évoque sa passion pour le shiatsu, son chemin de guérison et son parcours pas vraiment linéaire. Revigorant. 

Comment as-tu découvert le shiatsu ? Par hasard. C’était en 88/89. A l’époque, j’étais restaurateur. J’enchaînais 16 à 18 heures de travail par jour. J’étais cramé. Je prenais du Guronsan, de la vitamine C mais ça ne faisait pas grand-chose. Un jour, je suis monté chez moi après le service de midi et je me suis mis devant la télé. Je suis tombé sur un reportage sur le Japon. Parmi les sujets évoqués : le shiatsu. Ca m’a tout de suite parlé. A la fin de l’émission, ils ont donné le titre d’un bouquin. Je me suis empressé de le commander. Une fois reçu, je me suis plongé dedans et j’ai commencé à pratiquer sur moi. Une révélation ! Je me suis dit : « c’est ça ! ». Là, j’ai compris que l’énergie était en soi. Plus besoin de Guronsan ! J’ai commencé à m’exercer matin et soir. Sur moi et sur tout ce qui passait à moins d’un mètre  – chien et enfants compris !

Tu parles de révélation mais concrètement, qu’est-ce que le shiatsu t’a apporté ? Le mot qui me vient c’est renaissance ! J’ai immédiatement ressenti de la joie. Ca me redynamisait, me reboostait physiquement et moralement. Ca a été magique. J’ai rapidement compris que je ne pourrais plus vivre sans.

Quand et pourquoi as-tu décidé d’en faire ton métier ?  J’ai pratiqué sans ambition professionnelle pendant une dizaine d’années. En 1999, alors que j’étais en période de transition professionnelle et familiale, je rencontre un voisin dans la rue. On échange un peu. Il me parle d’un de ses copains, propriétaire d’un institut de soins dans le 8earrondissement à Lyon. Je prends contact avec ce gars. Il avait lancé un programme de soins relaxants qu’il ne pouvait plus assurer. Il me demande si ça me tente de prendre la relève avec mon shiatsu. Il précise : « je ne peux pas te payer mais tu pourras récupérer la clientèle par la suite ». J’ai tout de suite dit oui. C’était un bon deal pour moi. J’ai commencé en me disant : si les personnes que je traite reprennent des soins avec moi une fois leur forfait terminé, c’est que c’est ma voie. Dans le cas contraire, j’arrête. Et devine quoi ? Ils ont tous reconduit leur abonnement !

Et là tout s’est enchaîné ? Au début, je n’allais à l’institut qu’une demi-journée par semaine. Très vite, ce fut deux après-midis, puis trois. A la fin, je m’y rendais tous les jours. J’avais assez de clients pour quitter mon job alimentaire – je travaillais alors en tant que chef cuisinier au CROUS de Lyon – et vivre de mes deux passions : le shiatsu et les arts martiaux. Peu de temps après, le propriétaire du centre décide de vendre. Je n’avais pas assez d’argent pour racheter. Je me suis mis à la recherche d’un local. La chance m’a très vite sourie. Un jour, je déjeune avec un pote. Il me dit : « tu ne connaîtrais pas quelqu’un qui pourrait reprendre mon local ? Je souhaite déménager ». La réponse a filé : « bah moi ! ». Quelques mois plus tard, je posais mes cartons quai Pierre Scize.

 

Thierry 3

 

Tu n’as jamais suivi de formation ? J’ai longtemps appris avec les livres. Mais à un moment donné, je me suis dit que ce n’était pas suffisant. J’avais de plus en plus de clients qui venaient me voir avec des pathologies de plus en plus compliquées. Toutes ces personnes me payaient car elles souffraient, elles étaient à la recherche d’une solution. Je me sentais une responsabilité, une obligation de résultat. J’ai eu envie de parfaire ma formation dans une école. J’ai opté pour IOKAI Shiatsu Europe, une institution fondée par Shizuto Masunaga, maître japonais qui a découvert le trajet complet des méridiens. J’ai d’abord effectué un stage d’été d’une semaine avec maître Sasaki qui représentait l’établissement en France. Puis, j’ai intégré l’école. J’ai suivi cet enseignement de 2002 à 2007 à raison d’un week-end par mois.

Qu’est-ce que cela t’a apporté ? Avant, je faisais des katas. J’effectuais des points de pression le long des méridiens étudiés dans les livres. Je faisais quelque chose qui relevait de la relaxation, du bien-être. Avec l’école, j’ai appris une vraie technique de soin. C’est là que l’on m’a enseigné le diagnostic : tu sais ce que tu traites et pourquoi tu le traites.

Tu pratiques aussi le massage métamorphique, peux-tu nous expliquer comment tu as découvert cette technique ? C’était en 1994 ou quelque chose comme ça. Mon ex-femme avait pas mal de soucis de santé. Un jour, je l’accompagne chez un médecin. Un acupuncteur. Il travaillait aussi avec les pierres et les coquillages. Il commence à poser ses aiguilles et ses pierres sur le corps de ma femme. Et je lui dis : « ça tourne beaucoup les énergies, là ». Il me répond : « Vous sentez ça vous ? Vous devriez faire des massages métamorphiques, ça vous irait bien. Allez voir la petite dame à l’entrée, c’est elle qui s’en occupe ». Je vais voir la petite dame et lui dis que je veux apprendre le massage métamorphique. Je savais même pas ce que c’était. Elle me dit : « Je vais vous apprendre mais d’abord, je vais vous en faire un ». Je m’installe pour faire le massage.

Quand elle a commencé à faire son truc sur les pieds, je me suis dit « mais qu’est-ce que c’est que cette daube ! ».  Au bout de dix minutes, j’ai ressenti quelque chose d’étrange. J’avais l’impression d’être en haut d’un toboggan et dans ma tête, une phrase tournait en boucle : « je veux pas y aller, je veux pas aller ». Quand elle a fini les pieds, j’étais éclaté. J’avais l’impression qu’elle m’avait passé à l’épluche-légumes. Elle enlevait des couches et des couches. Je m’assois pour faire les mains et là, j’éclate en sanglots. Un truc de fou. Je ne comprenais pas ce que m’arrivait. Tout ce que j’avais verrouillé était en train de sortir.

 Et par la suite, que s’est-il passé ? Nous avons continué les soins et la formation. Ca m’a transformé. Je me souviens d’un de ces jours. J’étais sur la route – j’étais commercial à l’époque. Et je vois le panneau GENEVE. Je me suis dit : « Mais qu’est-ce que je fous là ? ». Je n’arrivais plus à vendre. J’ai roulé des heures en pleurant. Je faisais une dépression. J’ai dû déposer le bilan. Dans le même temps, je me suis séparé de ma compagne. Changement de vie complet. Ca n’a pas été facile mais c’est ce qui m’a ramené sur ma voie. Après le dépôt de bilan, la question a été : qu’est-ce que j’ai envie de faire, qu’est-ce qui donne du sens à ma vie ? La réponse était claire : le shiatsu et les arts martiaux. Dans la foulée, je prenais ce job alimentaire au CROUS, je créais mon club de karaté à Sainte-Foy et commençais à faire des soins à l’institut mentionné plus tôt.

Tu n’as plus jamais douté ? Des doutes ! J’en ai eu plein ! Surtout dans les premiers temps. Quand j’ai pris le local quai Pierre Scize, c’était pas facile, facile. Personnellement, c’était une période compliquée. Cela correspondait au moment où je me suis séparé de ma femme. Nous nous sommes retrouvés seuls mon fils et moi. Financièrement, ce n’était pas non plus l’euphorie. Il y a eu tellement de moments où je me suis dit, « arrêtes ton délire et reprends ton boulot de cuisinier ». Mais à chaque fois que j’avais l’impression d’être dans une impasse, un ou plusieurs patients venaient et me payaient cash plusieurs séances d’un coup. Ca permettait de remplir le frigo. J’ai failli lâcher à plusieurs reprises. Les patients, les résultats que j’obtenais, les bienfaits qu’ils ressentaient, les dépressions, les douleurs qu’ils n’avaient plus, c’est ça qui m’a fait tenir.

Que souhaites-tu apporter à tes patients ? Guérison, santé, mieux-être mais aussi bienveillance et écoute. Il n’y a rien de plus important que l’écoute. A travers l’écoute, on peut obtenir tout à un tas de réponses qui permettent de mettre en route un processus de réflexion et d’évolution. Le shiatsu entraîne un changement profond. Ca va lentement mais sûrement. On atteint le corps et l’esprit. La personne ne le sent pas toujours tout de suite, c’est de l’ordre de l’inconscient. Un être humain, c’est un ensemble de paramètres sociaux, culturels et affectif. Quand un domaine bascule, les autres suivent. Je le vois à travers l’exemple de mes élèves, qui, pour la plupart sont des anciens patients (Thierry dirige aussi l’école Terre de Shiatsu et forme de futurs professionnels du shiatsu ndlr). Au fil du temps, je les vois changer profondément. Ils deviennent plus posés, plus lucides, ils apprennent à se connaître, deviennent plus cash. Les besoins de leur corps et de leur esprit s’alignent. Ils ne disent plus oui quand ils ont envie de dire non.

Des projets ? Bien sûr ! Cet été, j’ai organisé un stage au cours duquel, je proposais des soins shiatsu, de la médecine traditionnelle japonaise mais aussi de la méditation et du Qi gong. Ca a bien marché. J’aimerais pouvoir développer la formule. Mon rêve ultime serait d’ouvrir une clinique.

 

Pour en savoir plus : www.terredeshiatsu.com                                        Tel : 04 78 29 54 11

 

 

Photos : Lucile Pescadère

  1. Très beau témoignage de changement de vie.
    Merci thierry d’avoir pris cette voie. Car grâce à ce choix, j’ai pu à mon tour découvrir, puis, après quelques années de formation à tes côtés (et ce n’est pas terminé), pratiquer ces 2 types de massages. Tu as et ils ont transformé ma vie.
    Merci de ta bienveillance et ton professionnalisme
    Nadine Mouton

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  2. J ‘ai contacté Thierry il y a 10 ans pour des douleurs de dos devenues insupportables à ne plus pouvoir me lever. En quelques séances j ai récupéré une mobilité fluide que j avais perdu depuis des années. Depuis, je le consulte régulièrement en entretien globale de mon corps , que ce soit d origine physique ou émotionnelle. Oui je confirme, Thierry est une belle personne .

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